[EDITORIAL] Place au débat

Posted on janvier 16, 2012

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En politique, comme dans la vie de manière plus générale, il y a les paroles et il y a les actes. Chacun essentiel, tous deux complémentaires dans la mesure où celui qui s’investit sur ces deux plans va au bout de sa démarche.

« Le discours c’est ce qui distingue la personne humaine de l’animal et le démocrate de la brute » s’exprimait Françoise GIROUD. Et de poursuivre, « les révoltes qui se manifestent par les armes, on peut les mater, celles qui naissent et se propagent par l’esprit sont insaisissables ». Si cela n’est pas une invitation au débat d’idées ! Car débattre est une démarche qui précisément réunit les deux dimensions de l’engagement. Cette activité met en perspective et en confrontation les idées que chacun défend et implique une action : l’engagement devant témoins.

[Dans l’ordre des choses, débattre constitue les prémices de l’action. Le hors-d’oeuvre en quelque sorte qui annonce le menu.]

Débattre aujourd’hui n’est plus tellement à la mode. Nous avons perdu le goût du débat ou plus exactement nous avons pris peur au débat. La réticence se manifestant par la peur de voir surgir les vieux démons. Il existe pourtant plusieurs vertus au débat d’idées. A n’en pas douter, la période qui s’annonce va voir se déployer de multiples occasions de débats de gré ou de force. Certains qui ont déjà lieu à l’heure où j’écris. D’autres qui n’ont pas encore commencé. A l’horizon de cette seule semaine, nous organisons à Angers notre premier débat de l’année au moment où se déroulent « les journées de Nantes », tables rondes organisées par le Nouvel Observateur, ce week-end et où intervient Corinne LEPAGE.

Le débat c’est également une alternative à la guerre. C’est nouer un échange et opposer ou partager des idées. C’est orienter la réflexion sous un angle sociocognitif afin de construire plutôt que de détruire.

Dans le cadre des débats qu’organise CAP 21 Maine&Loire, nous faisons le choix de faire venir chaque fois un expert de la question que nous traitons, non pour contraindre la réflexion mais bien au contraire de lui donner une perspective rationnelle. Le débat, c’est un peu comme le sport, c’est une école de fair-play.

En second lieu il y a le cadre que l’on décide de se fixer. Les limites autrement dit. Débattre est à n’en pas douter un acte indispensable : c’est une manière de témoigner son humanité. Le débat c’est ce qui fonde une démocratie et rassemble sans les écraser toutes les identités en présence pourvu qu’elles osent s’exprimer. C’est le respect de la diversité en somme. Mais pour que la diversité s’épanouisse encore faut –il que les conditions soient réunies.

Parmi celles-ci la formulation de la question de départ en premier lieu. « La problématique » comme désignent cette étape les chercheurs. Car c’est vrai qu’à travers les termes choisis il est très facile d’orienter le point de vue. Donner la parole aux gens nécessite de s’attendre au meilleur comme au pire. Pour celui qui ouvre le débat, cela implique de lâcher du lest et parfois de perdre le fil. Car au final le fil de l’échange n’appartient à personne en particulier mais à tout le monde en général. Chacun l’alimente à sa guise.

En clarifiant une opinion, débattre est une manière de combattre l’obscurantisme. Pour le philosophe Thomas HOBBES, « là où il n’y a pas de langage, il n’y a ni vrai, ni faux. » L’objectif que se fixe CAP 21 en organisant le premier débat d’une longue série dont le but n’est en aucun cas de diffuser une quelconque doctrine, encore moins de formater les esprits mais de réveiller une conscience citoyenne en s’appuyant sur la capacité de réfléchir de chacun.

François-Xavier Helbert                                                                                                   Délégué Départemental CAP 21 Maine&Loire                                      cap21maineetloire@gmail.com

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