Viande clonée : pas d’accord…

Posted on avril 5, 2011

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Voilà bien longtemps que je ne m’étais pas couchée à 7h du matin. C’est pourtant l’heure à laquelle s’est terminé le trilogue auquel j’ai participé cette nuit. De quoi s’agissait-il ? De la négociation finale avec le Conseil et la Commission sur le règlement intitulé « Nouveaux aliments », pour lequel des accords avaient été trouvés sur tous les sujets, sauf deux: la consommation des animaux clonés, et ce que l’on appelle les « actes délégués », c’est-à-dire dire le pouvoir donné au Parlement d’intervenir sur un certain nombre de décisions qui resteraient autrement du seul ressort de la Commission.

Nous avons échoué à trouver un accord avec le Conseil – c’est-à-dire les gouvernements des Etats membres – dans la mesure où le Parlement exigeait une traçabilité complète et, surtout, un étiquetage pour informer les consommateurs de toute trace de viande issue de bête clonée. Les gouvernements voulaient un système beaucoup moins restrictif.

Comment comprendre un tel blocage alors que l’immense majorité des Européens ne souhaite pas consommer d’animaux clonés, ni de descendants d’animaux clonés, et que le principe de la liberté de choix du consommateur impose évidemment un étiquetage?

Pourtant, le Parlement, ou plutôt sa délégation, a produit au cours de la négociation, et de manière unanime, des efforts considérables pour essayer de trouver un compromis. En effet, à l’origine, la délégation défendant le vote du Parlement en première lecture, s’était opposée de manière générale à l’introduction en Europe des animaux clonés et de leurs descendants. Dans un deuxième temps, dans un but de conciliation, la délégation avait accepté que l’interdiction d’introduction se limite aux animaux clonés, la première génération et la descendance faisant l’objet d’une traçabilité et d’un étiquetage. Nous étions même prêts à abandonner l’étiquetage de la descendance pour nous limiter à la première génération, viande et produits (lait par exemple).

C’était encore trop pour la Commission et le Conseil. Pour plaire à l’OMC et aux lobbys agricoles influencés par les lobbys américains, refusant un étiquetage qui découragerait les consommateurs, ils ont rejeté une demande devenue pourtant minimale. Dans leur esprit, mieux vaut cacher au consommateur ce qu’il achète que risquer de déplaire au commerce international et aux grands lobbys de l’agriculture américaine!

Ce comportement n’est pas seulement inacceptable à l’égard des consommateurs européens; il l’est également à l’égard des éleveurs derrière lesquels les pourfendeurs de l’étiquetage se sont en effet dissimulés. Que se passerait-il si les consommateurs se mettaient à douter de la viande qu’ils consomment en imaginant qu’elle puisse être clonée?

Le résultat des courses: pas de texte, donc pas de réglementation. Les défenseurs du clonage ont gagné une manche!

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