Les autoroutes de la mer : une solution d’avenir mais sous quelles conditions ? (partie 1)

Posted on octobre 5, 2010

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Après plusieurs années de concertation européenne, les premières autoroutes de la mer commencent à voir le jour à travers l’Europe. Ainsi le 16 septembre dernier, une première liaison entre la France et l’Espagne (Saint- Nazaire et Gijon) a été inaugurée. Cette dernière sera suivie par une liaison Le Havre – Saint-Nazaire-Vigo-Algesiras, puis entre Marseille et la Tunisie. L’objectif commun de l’ensemble des pays européens : diminuer le trafic routier et améliorer les conditions de coopération industrielle entre les états membres et, accessoirement, améliorer leur bilan carbone en diminuant les émissions de gaz à effet de serre.

Il est aujourd’hui relativement prématuré de faire un premier bilan de l’autoroute de la mer Saint-Nazaire – Gijon, même si différents médias annoncent un échec annoncé au vu de la quinzaine de poids-lourds qui ont emprunté cette autoroute de la mer pour sa première traversée, alors que la liaison dispose d’une capacité de 150 camions.

Dans une démarche d’évitement « du tout automobile » et de renouveau de nos modes de transport, il convient de souligner l’exemplarité de ce projet. En effet, si cette autoroute de la mer parvient à remplir ces objectifs d’exploitation, ce sont près de 100 000 camions en moins qui circuleront sur nos autoroutes françaises.

Cap 21 Pays de la Loire estime que les conditions actuelles d’exploitations de la ligne sont insuffisantes et ne permettra pas à cette liaison maritime d’être durable et de s’inscrire sur le long terme dans le paysage des transports ligériens :

Les trois liaisons hebdomadaires assurées actuellement ne sont en effet pas suffisantes pour attirer un nombre satisfaisant de poids-lourds et compagnies de transports qui ne peuvent raisonnablement utiliser ce type d’infrastructure, les liaisons restant trop espacées pour pouvoir être utilisées sur des trajets aller-retour.

Nous demandons que ces liaisons soient renforcées dès aujourd’hui et assurées quotidiennement car ce n’est qu’à ce prix que la liaison Saint-Nazaire – Gijon deviendra pertinente et rentable, économiquement comme écologiquement.

Par ailleurs n’oublions pas que faute de départs suffisamment fréquents d’autres liaisons maritimes ont du être interrompues et si nous ne souhaitons pas que la première autoroute de la mer de l’arc atlantique soit également la dernière et disparaisse dans trois ans, une fois l’ensemble des subventions d’exploitation consommées, nous devons agir dès aujourd’hui.

Boulogne et Toulon disposent aujourd’hui de terminaux de transport roulier maritime inutilisés et financés à grand renfort de subventions européennes, régionales et départementale. Souhaitons-nous que le terminal de Montoir de Bretagne subisse aujourd’hui le même sort faute d’une implication des politiques locaux et d’un engagement sur le long terme ?

L’absence du Ministre des transports, Dominique Bussereau, du Président du Conseil Régional, Jacques Auxiette et du président du Conseil Général de Loire-Atlantique, Patrick Marechal, à l’inauguration de cette nouvelle liaison ne nous laisse rien présager de bon pour l’avenir de ce nouveau mode de transport transeuropéen, ces derniers restant aujourd’hui encore totalement obnubilés par leur projet d’aéroport de Notre Dames des Landes, négligeant totalement les modes de transport alternatif (fluvial, ferroviaire…).


Ils nous ont d’ailleurs implicitement déjà prévenus que si, dans 3 ans, la liaison n’est pas à l’équilibre, elle sera interrompue et fermée. Pourtant, nous acceptons à travers la France que des liaisons ferroviaires soient déficitaires et finançons à coup de subventions publiques des lignes aériennes déficitaires à l’image de « Angers – Saint-Etienne ».

Cette absence d’implication de nos élus dans ce projet est aujourd’hui symptomatique du mode de fonctionnement de la politique aujourd’hui : une vision à court terme et des résultats immédiats afin d’être réélu aux prochaines élections. Prenons un peu recul, les visions à court terme n’ont jamais fait une politique de territoire, ni même une politique tout simplement.

Il faudra peut-être 3 ans ou 10 ans pour que cette autoroute de la mer devienne viable économiquement mais peu importe. Laissons du temps au temps et portons ce projet sur le long terme.

Cap 21 Pays de la Loire est aujourd’hui convaincu que l’autoroute de la mer est un mode de transport d’avenir si on lui laisse le temps de se développer :

L’autoroute de la mer Saint-Nazaire – Gijon pourra séduire sur le long terme les entreprises Françaises et Espagnoles qui verront dans ce mode de transport nous n’en doutons pas une solution alternative au tout routier, un gain de temps et des économies non négligeables (actuellement un trajet coûte 450€ par camion via l’autoroute de la mer contre près de 1 000€ par la route classique).

L’autoroute de la mer pourrait également séduire les nombreux touristes ligériens et bretons qui chaque été, sillonnent les autoroutes de la France afin de rejoindre l’Espagne et le Portugal.

Le marché existe :

• La ligne maritime Toulon – Rome, récemment abandonné faute d’un soutien politique affirmé, au niveau local comme national, avait transporté en 2008 près de 17 000 camions, 25 000 véhicules neufs et 8 000 véhicules de particuliers, ce qui n’est pas négligeable.

• La société GEFCO (filiale du groupe PSA) exploite quotidiennement une liaison maritime entre Saint-Nazaire et Vigo afin d’assurer la livraison des matières premières et le transport des Citroën C4 Picasso produites en Espagne.

• Des liaisons existent entre L’Espagne et l’Italie depuis de nombreuses années.


Pour résumer, l’autoroute de la mer Saint-Nazaire – Gijon a un véritable avenir devant elle si :

• Une volonté politique de promouvoir et de porter le projet sur le long terme émerge.

• Un renforcement immédiat de la fréquence des traversées est mis en place.

Ce récent projet qui, nous l’espérons, a de beaux jours devant lui doit également nous conduire à réfléchir à l’avenir du transport fluvial, du fret ferroviaire et des modes de transport dans notre région. Ce sujet qui ne peut-être dissociés de celui des autoroutes de la mer, sera abordé plus amplement dans un prochain article.

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